Au chevet de sa mère mourante, Jim Beauchamp lui promet d'ouvrir un pub à son nom de famille — Cunningham; l'année suivante, en 2004, l'enseigne s'allume rue Sainte-Anne.
Jim Beauchamp est le benjamin d'une famille de sept enfants de Lachute — mère au foyer, père camionneur qui a traversé le Canada. Il débarque à Sainte-Anne-de-Bellevue pour les techniques policières du collège John Abbott, mais à dix-sept ans, il est déjà portier de bar en mentant sur son âge. De 1985 à 1994, il fait tous les métiers de la rue : le Quai Sera, chez Annie's, les bars du centre-ville, The Commons à Morin Heights, avant de racheter en 1994 un petit endroit appelé The Pub, qu'il tiendra dix ans.
En 2003-2004, il lance à deux habitués de son bar : «Je veux ouvrir un pub irlandais. Êtes-vous partants?» Ils l'étaient. Mais la vraie raison est ailleurs : sa mère venait de mourir, et il lui avait promis, à son chevet, d'ouvrir un pub portant son nom — Cunningham. Pour Beauchamp, un pub irlandais, c'est l'endroit où l'on se sent accueilli n'importe où dans le monde; il voulait que le sien soit comme ça.
Vingt ans plus tard, fêtés en 2024, la maison est une institution du village : ailes de poulet dont les sauces «world famous» sont embouteillées et vendues, frites et bouffe de pub primées aux palmarès Best of MTL, musique sur scène les vendredis et samedis, et un ancrage communautaire constant — tournois et levées de fonds au profit de causes locales. Une deuxième salle a suivi, à Hudson. Jim et sa femme arrivent encore à 8 h 30 le matin pour faire tourner la baraque; comme il le dit au Suburban, le métier, c'est 95 % de travail — et le plaisir de voir les visages sourire quand la porte s'ouvre.